Le droit à l’échec

58% des bacheliers ne réussissent pas leur première année à l’université (Le Monde, 2017).
76% des lancements de nouveaux produits échouent lors de leur première année (LSA, 2014).
49,5% des entreprises échouent au cours de leurs cinq premières années d’existence (Creerentreprise.fr, 2017).

Echec : résultat négatif d’une tentative, d’une entreprise. Manque de réussite.

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Le 10 juillet dernier, j’étais fébrile en me réveillant. Surexcitée sur le chemin du travail. Impatiente. Euphorique. Mais aussi hyper angoissée. Le 10 juillet dernier, mes résultats de mémoire et de master étaient publiés. Le résultat de deux ans de travail acharnés, de nuits blanches par dizaine, pour obtenir ce sésame ultime dont je rêvais depuis bien longtemps. Diplômée d’un master en management du marketing, spécialité événementiel, hôtellerie & tourisme. Diplômée d’un titre britannique, reconnu à l’international. L’un de mes rêves.

12h59. Je n’arrive pas à rester concentrée sur mon travail. Les secondes semblent durer des heures.

13h. Je rafraichis la page sur mon ordinateur et mon coeur rate un battement. Ma gorge se noue et je sens le regard de ma collègue qui guette ma réaction, le résultat avec moi.

Rouge. Rattrapages. Et je craque. 10 points manquent à l’appel. Et c’est la douche froide.

Je n’ai pas validé mon mémoire. Je n’ai pas eu mon master du premier coup. « Tu as une seconde chance, tu passes aux rattrapages ! » me direz-vous. Sauf qu’un échec est l’une des situations les plus compliquées à vivre pour moi. Manque de confiance en moi, peur de décevoir, sentiment de ne pas être à la hauteur. Et puis la honte aussi. De ne pas avoir été capable d’obtenir ce diplôme pour lequel j’ai tant travaillé et ai tant sacrifié.

Et puis, il a fallu l’annoncer à mes proches. Certains ne le savent toujours pas. Et le plus dur fut de le dire à mes grands-parents. Que je devais emmener en Angleterre avec ma maman pour ma remise de diplôme. Encore un événement dont j’avais rêvé et que je venais de réduire en miettes. Et pourtant à chaque annonce, la même réponse : « Ce n’est pas grave, on est fier de toi, tu l’auras quand même ! Bosse encore un peu, tu le mérites ce diplôme. » Encore aujourd’hui, ma gorge se serre en écrivant ces quelques mots.

Alors, une fois la colère et la déception passées, j’ai réfléchi à tout ce stress et cette exigence que je m’impose. Cela ne vient pas que de moi. Nous vivons dans une société où l’échec, la différence sont – toujours et encore – très mal perçus. C’était déjà le cas lorsqu’à sept ans j’ai sauté une classe et que l’on m’a collé l’étiquette de « première de la classe ». C’était déjà le cas lorsque mon petit frère a été diagnostiqué hyperactif à sept ans et qu’on lui a collé l’étiquette « d’élément perturbateur ». Alors qu’on lui annonçait une poursuite d’études en SEGPA, il vient d’obtenir sa licence avec les honneurs. Et malgré ce contre-temps dans mes études, j’ai eu la chance de décrocher un CDI pour le poste dont je rêvais depuis plusieurs années.

Avec le recul, je me rends compte que notre société diabolise l’échec et la différence car nous les voyons comme quelque chose de négatif. Alors qu’un échec est juste une expérience qui ne s’est pas solvée par le résultat que nous attendions. A chaque « échec », nous nous relevons, nous repartons de zéro et nous trouvons une nouvelle façon d’agir pour réussir.

Sans les mauvaises expériences que j’ai pu vivre, je n’en serais jamais arrivé ici aujourd’hui. Alors peu importe ce qu’en dira la société, peu importe que l’on me montre du doigt parce que je n’ai pas réussi un examen. Il ne me manque que 10 points à ce foutu mémoire et je les aurai ! #womenempowerment

J’ai décidé que j’ai le droit à l’échec. Vous avez le droit à l’échec. Vous ne vous en relèverez que meilleur et plus fort.

With all my love,
Manon.

6 commentaires sur “Le droit à l’échec

  1. J’ai mis 9 ans à valider une « simple » Licence à la Sorbonne. NEUF ANS. Passons sur le redoublement, il ne m’a fait perdre qu’une année, et à la fac l’age ne compte plus (j’ai étudié les langues, donc la plupart de mes collègues étaient étrangères et les profils variaient beaucoup). Mais la soutenance du rapport de stage, obligatoirement dans l’une des deux langues étudiées, m’a terrorisée. J’en étais incapable. Je voyais bien que tout le monde s’en sortait, que le stress n’avait pas lieu d’etre, que ce n’était qu’un simple stage, suivi d’un rapport, présenté dans une langue qu’on étudiait de toute manière depuis des années. Rien à faire. J’ai arreté la fac, je suis partie à Londres. Ce n’est que bien plus tard, une fois rentrée à Paris, que j’ai enfin accepté de valider cette Licence. C’est allé crème. Certes, sur le moment, j’ai maudit ma timidité, mon « retard », et tout ce qu’il y avait à maudire. Mais je l’ai validée.
    Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, les gens s’en fichent que je l’ai validée en 2014 au lieu de 2008 (je suis bac 2005). C’est fort joli, un diplome de La Sorbonne sur le CV, mais les notes ne valent plus rien. Ce qui compte, c’est la manière d’étudier. Les études supérieures te donnent une base: des méthodes efficaces, des habitudes saines, et la curiosité d’aller plus loin. Ton Mémoire est important, mais pour toi. Pas pour les profs, pas pour tes proches, pas pour tes futurs employeurs. C’est ton oeuvre, ton défi, que tu vas donc défendre, promouvoir, « vendre » comme on dit. Mais il ne déterminera pas ton avenir, tu en riras dans moins d’un an, tu regretteras peut-etre meme les cours et cette routine si rassurante (leçon, révisions, examen, note, et rebelotte… pas d’appel en urgence de ton employeur, pas de surprise sur la fiche de paye, pas de factures incompréhensibles).
    Si tu considères que tu as échoué, ce n’est que dans un cadre précis. Mais toi, en tant que telle, non, tu es toujours toi-meme, battante, motivée, passionnée :).

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    1. J’ai voulu prendre un peu de temps pour répondre à ton commentaire car il a soulevé plusieurs points pour lesquels je me bats depuis des années. Prendre mon temps, faire les études que j’ai envie, suivre mes rêves. Avant d’en arriver où j’en suis, je suis passée par les classes préparatoires littéraires, la fac (coucou la Sorbonne!) puis j’ai arrêté mes études car je ne trouvais pas voix/voie. Pour finalement reprendre avec un BTS puis une licence en alternance et enfin ce master. Mais parfois le naturel revient au galop et comme le dit si bien ma sophro, j’ai tendance à me mettre un peu trop la pression. Par peur de décevoir principalement. Je commence tout juste à être plus « cool » avec moi-même sur ce sujet mais il y a encore du boulot haha ^^
      Après, l’exigence que je m’impose sur ce mémoire est aussi liée au fait que j’ai fait beaucoup de sacrifices pendant mon année au UK que je veux pas vains et aussi car ce diplôme aura un impact sur mon salaire (selon l’entreprise où je suis, je te l’accorde, mais cela s’inscrit dans mes projets pour la suite).
      Effectivement, la notion d’échec incombe à chacun selon notre perception, nos exigences. J’estime avoir échoué sur ce sujet (pour en rebondir de plus belle!) mais pas en tant que personne. Je le vois plus comme une mauvaise expérience qui m’aura faite grandir et avancer 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Il faut voir les échecs comme une opportunité de faire autre chose, un nouveau départ … comme tu dis, ne pas se mettre la pression, admettre qu’on est pas des machines parfaites, et trouver les opportunités pour avancer.
    Ta couz qui t’aime

    Aimé par 1 personne

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